Oxo Yutz, de la Terre comme au Ciel

 

 

Entre les bleus oniriques de Chagall et les distorsions d’un Munch, l’expressionnisme d’Oxo se fraye un chemin intime où corbeaux, pendus et fœtus invoquent une Lorraine natale transfigurée. On ne sort pas indemne de cette puissante métamorphose.

 

Déjà tout petit, Oxo dessine. "Je peins pour me faire entendre" dit-il ; une manière de communiquer avec ses parents sourds profonds. Au décès prématuré du père, la famille quitte la région. C’est un double choc qui fondera le terreau de sa vie et de son œuvre. Ses Beaux-arts, il les fait à 12 ans, à l’aide d’une encyclopédie du dessin qui guide ses pinceaux inspirés par Van Gogh et Gauguin. Plus tard, ses œuvres se nourrissent de son enfance particulière sur les terres frontalières de Yutz, où les champs de bataille traumatisent encore les mémoires. Les récits littéraires lui inspirent également une panoplie d’images livrées à son instinct. Après les crucifixions, il peint des pendaisons en référence à La ballade des pendus de François Villon. Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, ses créatures nous rappellent l’humble et déchirante condition humaine.

 

 

 

Comme lui, ses tableaux ont leur passé. Par touches successives, incertaines, ils refont surface après une longue maturation. Car l’artiste ne peint jamais sur la toile vierge. Il la recouvre d’étoffes comme pour tisser un lien avec sa mère couturière et son père tailleur : quand celui-ci travaillait à sa table, Oxo se cachait sous les immenses coupons de tissus qui la recouvraient… afin d’être dans le ventre de son créateur.

 

Aurèle Ricard